Annie Leibovitz à la MEP

Publié le par Bab's


Dimanche, c'était le dernier jour de l'exposition d 'Annie Leibovitz à la Maison Européenne de la Photographie. Pour ceux qui n'ont pas eu le temps ou l'occasion de la voir, voici un petit résumé...un peu subjectif forcément.

Inspirée de son ouvrage "1995-2005, photographer's life", Leibovitz met en scène les photographies les plus représentatives de son illustre vie professionnelle et personnelle. Photographe des magazines Rolling Stones, Vanity Fair ou Vogue, elle n'a cessé pendant plus de quinze ans de photographier les stars, se définissant comme "une portraitiste de célébrités". La photo qui m'a le plus marquée est celle qui illustre mon billet :  Demi Moore en page de couverture de Vanity Fair, qui accepte d'être prise en photo enceinte et nu, une photo à la fois pudique, assumée et terriblement féminine dans la maternité; une photo qui a fait couler beaucoup d'encre au début des années 90 ...
Ces photos de stars représentant une grande partie de son oeuvre, sont ponctuées par des photos de famille, des scènes joyeuses de vacances et d'autres beaucoup plus difficiles comme ses photos très personnelles de son amie Susan Sontag, atteinte d'un cancer et dont elle suit progressivement l'évolution jusqu'à la fin. Une perte terriblement douloureuse qui l'amènera à préparer son ouvrage et cette exposition...

  A d'autres moments, on découvre une autre Leibovitz plus engagée et peut-être plus subtile, comme lorsqu'elle est missionnée par Vanity Fair pour réaliser un reportage à Sarajevo. Elle écrit  d'ailleurs: "je ne suis pas journaliste, un journaliste ne prend pas parti. Je ne veux pas traverser la vie de cette façon, ma voix de photographe porte plus". Souvenir d'une photo en noir et blanc d'une bicyclette d'un adolescent qu'on ne voit pas et qui vient d'être tué par un tir de mortier. Leibovitez zoome sur ce vélo par terre, ces traces de dérapage. Tout est suggéré. Comment dénoncer la guerre sans la montrer, comment témoigner des violences inhumaines avec pudeur, distance? En 1994 en Rwanda, elle choisit une nouvelle fois l'évocation plutôt que la confrontation pour évoquer un massacre de Tutsi dans une salle d' école. L'horreur a laissé des traces, elle les photographie comme un acte d'accusation contre la Violence: les traces de sang sur ce mur jaunâtre sont sans appel.
Et puis il y a "la Leibovitz"  fascinée par les grands paysages, par l'immensité des plaines et du vide. De Pietra en Jordanie, au Vésuve de Naples, à la Monument Valley, les photos reproduites dans un format géant inspirent la photographe qui se remémorre des souvenirs de vacances, des souvenirs de jeunesse...Soif d'évasion, d'infinie liberté...

 Alors finalement, pourquoi cette frustration à la fin de l'exposition? Oui, c'est une grande photographe. Non , je n'ai pas été subjugée. Peut-être que j'attends trop naivement d'une exposition qu'elle me transporte sur le plan émotionnel. Pour celle-ci, j'ai du respect pour l'artiste, pour son travail notamment d'introspection et son travail de deuil mais je me sens loin.
Peut-être Leibovitz résume-t-elle très bien ce sentiment lorsqu'elle prend en photo Avedon. Avedon dont l'exposition au Jeu de Paume m'avait transporté par l'intensité et l'humanité de ces photos.
Elle le dit elle-même, le génie d'Avedon est de faire parler les gens. Elle, elle ne fait qu'observer, trop préoccupée à regarder son sujet. C'est peut -être au-delà de la qualité esthétique de son oeuvre, son principal défaut pour moi.

Publié dans Expositions

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Agnès Serna 17/09/2008 15:31

Salut cousine,
Ta mère m'a donné l'adresse de ton site, et elle a bien fait.
Tu écris bien ! (petit héritage grand-maternel !)
Moi, je suis branchée photo, et même si je n'ai pas pu voir les expos Leibovitz ou Avedon (trop loin de chez moi !) j'ai vu pas mal de photos des deux sur internet ou dans des livres. Leibovitz fait trop de mise en scène... c'est joli comme une pub, et tout aussi lisse.
Avedon saisi les regards, les expressions, les traces de vie... ce n'est pas du noir et blanc fade... ça ne se compare pas.
Et encore, je n'aime pas spécialement le noir et blanc !
Dans le genre noir et blanc, nous avons eu la chance de voir passer à Montpellier, l'expo du photographe américain Weegee, mort en 1968. C'était très fort et émouvant ! Il faut aimer ses semblables pour les photographier comme ça !
Si vous croisez cette expo, ne la ratez pas !
A la prochaine !
Agnès

Bab's 21/09/2008 22:58


hello cousine!
Merci pour ton commentaire, je suis tout à fait d'accord avec toi,  ce n'est pas le même registre du tout!alors donc toi, tu es plus branchée sur la photo couleur? En parlant photo couleur,
j'ai vu que Pieter Hugo avait exposé à Arles, je ne sais pas si tu as pu le voir, j'aime beaucoup ce qu'il fait et je ne l'ai jamais vu exposé...! Au fait, j'ai découvert un nouveau mag de
photojournalisme, peut-etre que tu le connais: Polka Mag, top...je pense que je ferais prochainement un billet dessus car cela devient rare des mag de cette qualité!
je t'embrasse, à la prochaine!



Bulles d'infos 17/09/2008 08:23

J'ai eu la même sensation que toi. Sans conteste, son travail est beau et intéressant mais je n'ai pas été transportée. Peut être parce qu'on perçoit effectivement énormément d'introspection, avis totalement subjectif, une grande tristesse. Ceci dit je l'ai pris un peu comme un "témoignage".