Le Zinc découvre Atiq Rahimi, Goncourt 2008

Publié le par Bab's





Prix Goncourt. Je suis toujours curieuse de le découvrir comme tout le monde et encore plus pour ce nouveau cru. Bel hommage à la langue française,à la liberté d'expression, le Prix Goncourt récompense un auteur d'origine afghane et prend des allures d'engagement politique. On ne peut s'empêcher de penser à l'élection d'Obama quelques jours auparavant. Mais résumer le Goncourt par cet événement et cette symbolique serait un peu sommaire, je l'avoue.

Alors, qu'en est-il au niveau de l'histoire, de l'écriture? Voici ma vision, mes impressions de ce livre dont toute la presse a parlé. Cest d'ailleurs l'article d'Ariane Chemin dans Le Nouvel Observateur du 6 novembre qui avait attiré le plus mon attention...

Loin des 900 pages des "Bienveillantes", le texte est court, l'intrigue simple. Une femme afghane veille sur son mari dans le coma. Aux cotés de son homme inerte,  elle peut enfin lui parler, lui dire tout ce qu'elle pense, ressent sans prendre le risque qu'il la bat.  La confession devient de plus en plus forte, refoulée depuis tellement longtemps. Elle se déverse sans pudeur jusqu'aux confessions les plus intimes, les plus inavouables. Combat épuisant dans le vide lorsque, après avoir été "muselée" pendant des années, elle peut enfin s'exprimer. Cri de douleur déchirant derrière la froideur de ses révélations. Sa confession a un goût de sang, comme une entaille profonde et à vif .

Les phrases sont courtes, rythmées. Rahimi fait l'économie du superflu pour se consacrer sur l'essence de la douleur et  de ce qui préfigure le drame.

L'économie va jusqu'au dépouillement du lieu, un huit-clos représenté par une chambre spartiate,  d'où on entend de temps à autre les bombes, ou les cris de la voisine dans une ville afghane en guerre.

Economie du style, impersonnel peut-être aussi pour mettre en avant au delà de la condition de la femme afghane, un caractère plus universel à l'histoire. Pas d'affect, pas de possibilité de s'attacher aux personnages. La femme est "La femme". Atiq Rahimi nous fait garder une distance froide et respectueuse face à la douleur par l'emploi du dénominateur "on" pour certaines descriptions. "On" rentre dans la pièce comme un spectateur assisterait à une opération chirurgicale.

Syngué Sabour est un livre qu'on écoute. Une écriture sonore.

C'est aussi par cette économie du style, cette distance imposée au lecteur et ce rythme cadencé; une écriture qui préfigure la mise en scène de cette tragédie au théâtre...Je pense au théâtre de Camus, ton de l'absolu, de l'engagement,décor épuré, à la fois universel et contemporain.. La chute est brutale, déroutante, je referme le livre en restant sur ma fin, habituée, dans ce monde de l'écriture, à la surenchère des mots et  des images...Mais quelques jours après, il ressurgit et résonne de façon sourde et persistante.









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leafar 24/11/2008 15:34

Excellent blog culturel, outre nos points communs en photographie, t um'a donné envie de regarder des choses qui nornalement ne sont pas dans mon radar culturel.

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