"Les matins de Jénine" de Susan Abulhawa

Publié le par Bab's


Ces derniers mois, peu de livres m'ont autant submergé d'émotions...
Les matins de Jénine est un premier roman brillant, bouleversant qui conte une saga historique et familiale sur trois générations palestiniennes. C'est la petite dernière qui prend la plume pour conter l'histoire de sa famille, celle de Dalia, Hassan, Youssef...Amal, dernière survivante, avec sa fille.Avec un regard qui est celui des années qui passent, plein de sagesse, de maturité, elle conte la vie des siens depuis la création de l'Etat d'Israel. Un récit gorgé d'amour, une sorte de testament d'humanité pour sa fille si aimée.

Vies brisées, douleurs des injustices subies, familles séparées, exil forcé, chaque épisode dramatique de l'histoire du conflit israelo-palestinien ébranle cette famille. Pourtant, toujours têtes hautes, emplies d'amour, amour des siens et amour de la terre, ils traversent ces épisodes tragiques et macabres de la Guerre des six jours, des massacres de Sabra et Chatila aux événements de 2001...
La vie continue, l'amour et la passion toujours plus intenses...Mais parfois l'inhumain prend le pas et certains, trop fragiles, se perdront dans la haine et la vengeance comme Youssef. Lui qui ne sera plus jamais le même, lorsque révulsé, il verra la photo de sa femme chérie enceinte, amour de sa vie, massacrée et éventrée lors du massacre de Sabra et Chatila.

Mais Amal se raccroche aux souvenirs qui lui donnent la force de survivre comme les lectures de poèmes, à l'aube, aux cotés de son "baba" sur le toit de leur maison...Souvenirs de son village, des collines environnantes, des odeurs d'oliviers, d'orangers...

Richement documenté, Les matins de Jénine apporte un autre regard sur le drame palestinien.
Il n'est pas question de prendre parti; la main tendue vers l'autre est présente dans tout le livre comme une note d'espoir malgré la noirceur du désespoir... du grand-père baba qui, enfant, avait comme meilleur ami,un enfant d'origine juive; à l'histoire d'Ismael et ces retrouvailles des années plus tard avec Amal. 

Un premier roman rigoureusement maîtrisé sur un pan de l'Histoire brûlant, sur une erreur géostratégique implacable de l'Europe dont deux peuples subissent encore les conséquences inhumaines et dévastatrices... Les matins de Jénine, est avant tout un magnifique chant d'amour à la fois lumineux et déchirant pour La Palestine. A lire absolument aux cotés d'essais et autres dossiers pour comprendre la réalité du drame palestinien.

Les matins de Jénine m'ont d'ailleurs refait penser à un autre ouvrage que j'avais lu à l'époque de ma maîtrise. Il n'est pas question de roman mais d'un récit de chroniques qui me marquera à jamais :Boire la mer à Gaza chronique de 1993 - 1996 d'Amira Hass (paru aux Editions La Fabrique).
Amira Hass, a été journaliste du quotidien Haaretz à Gaza, enfant de parents rescapés du génocide juif. Boire la mer à Gaza est le récit de chroniques sur trois années pendant lesquelles Amira Hass a vécu aux cotés des palestiniens, à Gaza, dans les camps. Trois années pendant lesquelles elle a donné la parole aux palestiniens: chauffeurs de taxis, réfugiés, anciens prisonniers, entrepreneurs...Des témoignages pris sur le vif pour conter la réalité quotidienne loin des discours médiatiques véhiculés pendant la première intifada aussi bien dans les médias israëliens que dans nos très "respectables" médias occidentaux. Poignante leçon d'humilité, souffrances retranscrites sur le vif, douleurs du déracinement, de l'exil; Amira Hass, journaliste israëlienne d'origine juive, témoigne et raconte l'inadmissible dans son propre pays. On sort de son ouvrage, choqué par tant d'injustices. Ses comparaisons avec l'histoire de ses parents sont détonnantes et déroutantes, elle résonnent encore en moi aujourd'hui, plus de 6 ans après la lecture de son livre.
Boire la mer à Gaza a reçu en 1999 le prestigieux Word press freedom Award.




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