Mauvais genre d'Axel Léotard

Publié le par Bab's





Cette semaine, je voulais vous faire découvrir un premier récit troublant et fort, un "coup de zinc" sur un sujet peu connu et sensible : les transgenres: ces hommes et ces femmes qui ne se reconnaissent pas dans leur sexe de naissance. Un premier récit qui m'a "habité" longtemps après sa lecture, qui m'a poussé dans mes retranchements et m'a ouvert l'esprit.

Petit résumé :
Elle a la trentaine et ne s'est jamais senti femme. Finalement confortée par son amie et par les années qui passent, elle décide d'entreprendre ce qu'elle n'a jamais osé faire : devenir un homme.Le narrateur est photographe, vit à Paris, cite Sagan et aime Léo Ferré. Gabriel, car c'est son nom d'homme, nous entraîne dans son quotidien ponctué de démarches judiciaires, médicales mais aussi dans sa relation amoureuse, et son implication de plus importante dans la communauté trans; son militantisme grandissant au fur et à mesure de sa transformation.

L'histoire est portée par une écriture soignée, fluide parfois didactique et par une fraicheur de ton, sans fausse pudeur, totalement assumée.

Mauvais genre est un premier récit synonyme d'ouverture d'esprit, de tolérance, d'acceptation de la différence; loin de toute norme judéo-chrétienne qu'on nous insuffle dans nos contrées occidentales. Le lire est une démarche. Il faut se défaire de tout carcan de préjugés, d'images préfabriquées et négatives sur une communauté trop mal connue.
Au-delà de cette démarche, très vite l'effort  laisse place au plaisir de lecture que j'ai éprouvé en suivant Gabriel, ce personnage sincère, complexe et volontaire dont j'ai partagé l'intimité. 

Mauvais genre, c'est aussi l'histoire d'un combat militant, celui d'une femme moderne dans un Etat démocratique et républicain, qui ne se reconnaît pas dans son sexe de naissance,qui refuse de vivre plus longtemps avec cette souffrance et d'invoquer une déficience psychologique pour justifier sa transformation...C'est le combat permanent sur un choix jugé encore monstrueux par la norme. 

A la lecture du récit, j'ai réalisé que je suis née alors qu'on venait à peine de reconnaître l'homosexualité. Bienvenue en France, nous sommes en 1982. C'était il y a un peu moins de trente ans, une bagatelle dans l'Histoire d'un pays. Je suis née à l'époque où le non conformisme à une norme lié à l'intime était sanctionnable. Les mentalités évoluent bien sûr mais lentement...très lentement.

Alors le troisième genre?  Le sujet dérange, il est encore trop souvent tabou. Ce récit à la frontière d'un premier roman initiatique, a le mérite de poser intelligemment le débat. Dans certaines cultures, le troisième genre a pourtant toujours eu une place reconnue comme le reprécise l'annexe du récit. Pour les Indiens par exemple, le genre social était choisi plus tard même si le sexe était inhérent à la naissance. Aujourd'hui, début du XXIe siècle, cela ne vous étonnera pas de savoir que ce sont dans certains pays nordiques, en Allemagne, en Belgique, que les lois sont beaucoup plus favorables en faveur des transgenres. Des pays qui ont compris avant tout la détresse humaine, le droit aux choix liés à l'intime. 

Pendant une grande partie du livre, je m'interroge sur la part autobiographique du récit...déroutée par certains passages d'une intense réalité qui m'ont extrêmement touché. Ce courage, cette honnêteté d'assumer qui on est. Axel Léotard, photographe et trans, n'était-il pas Gabriel ? Mais est-ce si important? Car au-delà de cette inévitable similitude, ce jeune écrivain que je découvre, a réussi à me plonger dans une histoire et un vécu loin de mon quotidien en me faisant appréhender la richesse d'une personne, sa différence et l'immense travail sur le regard de l'autre. Mauvais genre laisse tout sauf indifférent. 

Mauvais Genre d'Axel Léotard
Editions Hugo&Cie 

Publié dans Livres

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Militant lillois 09/05/2009 13:35

Merci de partager tes impressions sur cet ouvrage, il est profondément nécessaire que des gens comme toi, et comme beaucoup d'autres, puissent le lire.
Puissent se rendre compte que nous ne sommes pas des monstres.
Puissent se rendre compte a quel point leur comportement est dicté par leurs ainés et que finalement tout n'est que construction sociale, sans fatalité et avec, même encore minces, des possibilités d'être soi.

Bab's 10/05/2009 23:34


merci pour ton commentaire. J'espère et j'ai envie de croire à l'intelligence des gens et à leur tolérance. Suis d'accord avec toi pour ce que tu appelles "la construction sociale" qui "dicte" la
plupart de nos actes, parfois en désaccord avec ce que nous souhaitons réellement au fond de nous...J'espère que beaucoup de gens auront accès à ce livre.


Cécile de Quoi de 9 15/04/2009 23:20

ça donne envie !