La brève et merveilleuse vie d'Oscar Wao de Junot Diaz

Publié le par Bab's

Pour commencer cette semaine de bonne humeur, lisez Junot Diaz, auteur américain d'origine dominicaine. C'est une nouvelle voix exubérante, haute en couleur, foisonnante de vie,
porte-parole grandiloquent des dominicains immigrés dans l'eldorodo new yorkais. Je suis tombée sous le charme!

Je l'ai découvert avec son premier recueil de nouvelles, Los Boys. Une variation de vignettes de vie d'un jeune garçon dont on suit le quotidien de son enfance à son adolescence, entre petits deals, pépés, fêtes de famille et petite misère de Saint-Domingue à Brooklyn. C'est foisonnant de vie, bourrée de tendresse, de dérision et déjà on découvre l'étonnante musicalité et fougue de son écriture et de son univers. 



Puis lecture du premier roman qui vient d'être publié chez Plon, (et reçu le prestigieux prix Pulitzer) : La brève et merveilleuse vie d'Oscar Wao.
Junior, le narrateur, jeune lascar dominicain, raconte l'histoire de son pote Oscar et pour mieux en saisir l'étonnante et pathétique destinée, l'histoire de sa famille dominicaine complétement déjantée. Un portrait désopilant et désenchanté!

 

Oscar est un looser. Il est obèse, triste privilège de son intégration aux Etats-Unis par la culture fast-food, passe son temps à jouer aux jeux vidéos, lire de la SF, se rêver à devenir le futur Tolkien dominicain et tombe éperdumment amoureux des rares filles qui ont la gentillesse ou la pitié de lui parler. Il est atteint de ce que les dominicains très superstitieux, appellent le fuku, sorte de malédiction dont finalement sa famille subit les foudres depuis plusieurs générations.

Si Oscar Wao devait un jour prendre vie au cinéma, je ne peux m'empêcher de penser aux frères Cohen qui se feraient un plaisir de "lui tailler un costume" sur mesure à la façon "Big Lebowsky".

Chaque chapitre est consacré aux différents personnages de la famille, aux moments clés de leurs vie, pour reconstituer le puzzle et mieux comprendre la destinée alambiquée de la dernière pièce maitresse: Oscar.
Une construction narrative géniale, au cours de laquelle le narrateur n'hésite pas à interpeller le lecteur pour dénoncer en toile de fond, la dictature de Trujillo en République Dominicaine ; une période de l'Histoire qui nous est quasiment inconnue.

Indispensable ingrédient à cette réussite littéraire : le jeu des mots et la langue qu'emploie Junot Diaz, qui le caractérise depuis Los Boys. L'auteur joue avec sa langue d'adoption, l'anglais et sa langue maternelle, l'espagnol, en choisissant la voix de Junior qui nous alpague par son franc-parler et sa verve qui swingue comme le rap de nos banlieues. La traduction est une réussite et pousse à l'extrême le jeu exubérant de Junot Diaz avec les mots, slalomant avec une aisance d'équilibriste dans cet univers.

Ce livre bourré d'énergie, de tendresse et d'humour, se boit comme un verre de rhum pur pour se donner un coup de fouet dans le "politiquement correct" ronronnement littéraire! C'est un formidable récit à la fois fantasque et profond sur un pays trop souvent catalogué à une carte postale sans âme et ses formules "all inclusives" pour riches touristes américains et européens. Merci Monsieur Junot Diaz pour ce bonheur de lecture!


 

 

Publié dans Livres

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Christine 05/03/2009 08:12

je cherchais quelques commentaires sur le bouquin que je lis pour un comité de lecture. Et bien je confirme, j'adhère et j'en rajoute une couche : ce livre est tout simplement génial ! Une mention particulière à la traductrice.

Bab's 05/03/2009 10:59


Oui, c'est vrai que son travail est remarquable!


bab's 19/02/2009 18:05

je suis sûre que c'est le genre de bouquin qui te plairait et comme j'adore le ciné effectivement pendant tout le livre, je le visualisais en me demandant quel réalisateur arriverait à mettre en scène cette histoire! Evidemment prise de partie terrible car je suis fan des frères cohen mais cela dit, il faut de la fantaisie, de l'audace, le sens du rythme et pour ça ils sont très forts!

james 17/02/2009 16:54

ça tourbillonne, ça vit, ça "chauffe", je dirais même ça "réchauffe", allez hop c'est parti, un livre à lire sans modération, à fond les manettes !
Merci le Zinc, la référence aux frères Cohen en plus allez il me le faut;