Dimanche 13 septembre 2009
Le temps d'un week end: 12h d'expositions photos ponctuées de moments d'exaltations, de découvertes, de coups de coeurs, des photographes qu'on aime, mis en valeur
par des scénographies que seules Les Rencontres d'Arles peuvent offrir. C'est la magie inégalable de Arles pour qui aime un peu, beaucoup, passionnément la Photo.
Et cette année, c'était un grand cru, symbolique, imposant: Les Rencontres Internationales de la Photo soufflaient leurs 40 bougies. L'âge du "tout est possible",
l'âge de l'audace teintée de maturité.
Mais qui dit 40e anniversaire, dit enjeu, enjeu pour vouloir "marquer" les esprits, parce qu'il y a le poids de l'Histoire de ces Rencontres à valoriser. La moindre
des choses pour ce projet fou qui, parsemé d'obstacles, a su s'imposer comme un événement artistique incontournable.
Un tremplin aussi. Nan Goldin, notamment, exposée pour la
première fois ici en 1986, est une des marraines à juste titre de cette nouvelle édition.
Le parti pris des Rencontres n'était donc pas la nostalgie mais l'envie de montrer la richesse d'une scène photographique foisonnante faisant le lien entre passé et
présent. Paroles étaient ainsi données à ceux qui ont fait vivre de grands moments à Arles, ont marqué et marquent encore, l'univers de la Photo (Lucien Clergue, Willy Ronis, Robert Delpire, Martin Parr...). Ces photographes s'exposent et montrent
pour plusieurs, également "leurs poulains", la nouvelle génération audacieuse et talentueuse : l'avenir.
C'est aussi le moment de rendre hommage et saluer le travail d'un photographe brillant mais trop discret (face à ces confrères de l'époque: Ronis, Boubat, Cartier-Bresson...) : le photographe
humaniste d'après-guerre, Léon Herschtritt.
Ce parti pris, je l'ai appréhendé comme une réussite, et la scénographie caractéristique des Rencontres; (dans les ateliers SNCF, le Cloître, L'Eglise Sainte-Trinité, le Palais de
l'Archevêché...) a contribué à faire de cette expérience-marathon de photo, une aventure et un voyage extraordinaire en compagnie de ma soeur dont les regards et les analyses fines m'ont été
précieuses pour percevoir "l'image" différemment...
Mais voilà, après vous avoir raconté tout ça, je ne sais pas par quoi commencer tant j'ai été submergé par des images poignantes, hypnotiques qui m'ont fait partir loin ou ramener au plus près
d'émotions brutes...
Alors je ne vous citerai à contre-coeur, car le choix est difficile; que certains de mes "coups de coeur", " ou "découvertes" et vous conseille d'aller vers le site pour vous rendre compte de la
richesse de la programmation et des photographes exposés: par ici!
Tout d'abord, Duane Michals, un grand monsieur de la
photo dont l'éternelle jeunesse du regard m'a enchanté tout comme son univers poétique de ses romans photos ou il racontes "ses", ou des histoires, ironiques, féroces comme cette série "légère"
intitulée "Take one and see Mt Fujiyama".
Brian Griffin, lui, m'a plutôt bluffé. En partant d'un sujet peu émoustillant: d'une commande pour une grosse entreprise
industrielle en Islande qu'il intitule "Water people", il livre des portraits en noir et blanc, des employés, dont le flou accentué par l'eau sur leurs visages délivre une impression
étrange. Accrochés aux cotés de paysages lunaires toujours en noir et blanc, on est loin d'un univers institutionnel mais plutôt dans un univers qui pourrait s'apparenter à un film de
science-fiction...
Par la suite, sa façon de déinstitutionnaliser le portrait dit "institutionnel" en montrant les ouvriers du tunnel sous la manche, comme des héros avec un cadrage informel, du noir et blanc, des
jeux de lumière aux cotés de photos de "patrons" sous un angle plus contemplatif (au téléphone, dans la rue, désoeuvrés et seuls dans un décor) est fascinant...Une leçon sur comment faire de
l'art sur un sujet à priori austère...
Eugène Richards
Un voyage au coeur de l'Amérique profonde, rurale sur 3000 kilomètres en trois ans du Nebraska, Arkansas, Dakota... Et un parti-pris, celui de photographier un patrimoine qui
pourrait faire frissonner certains: les fermes et maisons abandonnées. "The blue room", son voyage personnel est à la recheche des instants de vie qu'on imagine derrière une vitre cassée, un
mégot imbibé de rouge à lèvres, un cheval à bascule. Les lumières sont sourdes, grises comme ces instants de vie qui appartiennent désormais au passé.
Tomasz Gudzowaty
le sport perçue comme religion ou rituel, une nouvelle approche du regard au-delà de la performance et compétitivité si souvent représentées. Voyage au coeur de l'effort avec comme récompense à
la clé...la sérénité.
Olivier Metzger
Des travellings noctambules dans des univers qui nous semblent familiers, une rue, un pavillon d'une banlieue ordinaire, une bagnole...et pourtant, c'est une sensation de
fausse familiarité car son univers semble plus proche de l'irréel et d'un vagabondage nocturne troublant vers la recherche d'un ailleurs au fin fond de la nuit. L'esthétisme lisse des photos
renforce cette impression.
Don Mc Neil Healy
Des photos-témoignage empreint d'humanité...
Don Mc Neil Healy démontre la situation désastreuse de nombreux immigrés polonais en Irlande. Son parti-pris : suivre le quotidien de Marko, divorcé, deux enfants, qui de la dureté de la rue à
l'alcoolisme, va tenter de s'en sortir. Ses photo respirent la pudeur, l'empathie et l'attention portées à son sujet qui se dévoile. Pas de pathos, de la vie; plutôt rude, mais de l'espoir mis en
avant par des couleurs vives sur lesquelles le jeune photographe s'appuie.
Jean-François Spricigo
Du noir et blanc pour des images hypnotisantes, vibrantes, un univers mystérieux comme un rêve d'images qui défilent. Tout son univers se rapproche du 7e art. Des atmosphères qu'on imagine dans
un film fantastique. Trippant, intriguant, envoûtant.
Laurence Leblanc
Polka m'avait fait découvrir une partie de son
travail.
"De l'air" c'est le titre de son exposition, "De l'air comme le poème de Pablo Nureda. Elle nous livre un florilège de photos prises pendant sa traversée de l'Afrique au Brésil. Une traversée
intime qui capte au delà de ce qu'on voit instinctivement...une atmosphère, une sensation. Laurence Leblanc nous fait toucher du bout des doigts des vies qu'on imagine pas toujours faciles et
pourtant...Intense flou de poésie photographique. On a envie par la force subtile qui émane de ses photos de lui faire rencontrer les "trois femmes puissantes" de Marie
Ndiaye.
Georgia Fioro
Son travail sur le thème du don et son voyage à travers le monde pour capter les moments de cérémonies religieuses m'avaient fasciné à la Mep. Je redécouvre son travail mis en scène à
Arles. Résultat: toujours aussi subjuguée.
Attila Durak
Très beau travail sur les peuples d'Anatolie et de Turquie à travers un voyage de plus de sept ans. Pour montrer quoi? La richesse du métissage, de la diversité et paradoxalement l'unité de tous
ces peuples autour de l'amour d'une même terre. La photographe n'a laissé aucun peuple à l'écart. Nomades, sunnites, chrétiens, kurdes, arabes chrétiens, arméniens, tous sont photographiés avec
ce cri d'amour qui transperce le coeur. Sur panneaux géants, la richesse de la Turquie par ces portraits de gens authentiques, nous éclate en plein Atelier Mécanique. La musique traditionnelle en
fond sonore nous dit que c'est unique. Et tout le monde sort de l'exposition avec un mot à la bouche: magnifique. Merci.
Par Bab's
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Martin Parr, on aime ou on n'aime pas, tout est question de goût. On ne peut pourtant que se rendre à l'évidence face à son ironie mordante mise au service d'une regard hors pair sur
nos sociétés avec toujours cette pointe de dérision qui le caractérise pour décrire la démesure, ou simplement une réalité. C'est "la Martin
Parr Touch".
L'exposition qui vient de débuter au Jeu de Paume, lui ressemble et elle est
géniale pour ça.
Ludique, elle permet d'appréhender le grand collectionneur et photographe qu'il est, à notre guise. C'est d'ailleurs l'envie du commissaire de l'exposition qui
prône peu d'explications pour sortir de notre passivité et aiguiser notre imagination.
Martin Parr est un collectionneur engagé, et sa collection est empreinte d'un écclectisme qu'on lui envie. On découvre qu'il possède la plus importante collection
privée de photographies britanniques (notamment documentaires: de Chris Kilipp ou Graham Smith...). Sa collection est aussi constituée de photographes contemporains du monde entier: de grands
maîtres qu'il admire comme William Eggleston ou la fine fleur de la photo japonaise avec Rinko Kawauchi ou Osama Kanemura, aux photographes hollandais et aux jeunes photographes comme le sud-africain, Pieter Hugo.
C'est un photographe engagé. Pas dans le sens immédiat du terme, à couvrir des conflits par exemple mais dans son approche et dans ce qu'il raconte.
Comme la commande de portfolios spéciaux qu'il a accepté de réaliser pour le Guardian où l'on découvre des portraits de "vrais gens" et des paysages de dix villes
du Royaume-Uni.
"De vrais gens" face à un vrai et sinistre désoeuvrement.
Loin des thés et des gloussements convenus de Buckingham palace. Le Royaume-Uni sans strass et ni paillettes. Et il livre un regard sans tristesse, ni mélancolie sur la situation. Juste une
réalité exprimée, des gens tels qu'ils sont. Avec une certaine empathie sans illusion.
Comme cette grand-mère qui parait minuscule dans ce grand supermarché où les panneaux de promo et les boites de conserves surenchérissent de mauvais goût par leur abondance et leurs couleurs
criardes accentuées par la lumière artificielle.
Son engagement est éclatant dans son dernier sujet qu'il présente à cette occasion au Jeu de Paume: Luxury.
Ou comment les nouveau riches définissent de régles du jeu de la Consommation. Ou plutôt comment la mondialisation ouvre les frontières du mauvais goût, du
tape-à-l'oeil, de l'argent clinquant.
De la Russie à Dubai, le regard du photographe est magnifiquement esthétique et féroce pour décrire cette réalité qui frise l'écoeurement et la fascination.
Il traque une femme maquillée à outrance, des brushings et des chapeaux sophistiqués à souhaits, un diamant au cou d'un chat qui semble aussi interloqué de cette
fantaisie grotesque que le photographe lui-même...
On regarde à la fois amusé et hypnotisé, ce flot de couleurs et de surenchère grotesque, défilés sous nos yeux. Et on se dit que tant de contraste dans ces pays
émergents invite à présager du pire.Tout le talent du photographe est là. Nous faire réfléchir et nous bousculer pour que tout cela ne nous paraisse jamais convenu.
Martin Parr.
Russia, Moscow. Fashion Week, 2004.
de la série
"Luxury".
En dehors des murs, l'exposition se prolonge face au jeu de Paume, dans le parc des Tuileries. Encore une fois, Parr s'empare avec ironie des situations cocasses ou insolites de certains
moments de vacances et nous amène à nous interroger sur la notion même du voyage aux limites de la mondialisation et du "prêt à fabriquer" artificiel pour certains.
A bon entendeur...Bonnes vacances à tous!
Par Bab's
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Un déjeuner rapidement expédié
sur les marches du Louvre en plein soleil (enfin!) et me voilà, avec une des mes accolytes "Zinkeuses", au musée des Arts Décoratifs pour voir
la rétrospective consacrée à Madeleine Vionnet. Les soldes chez Zara ou Kookai attendront demain, place à la Haute-Couture!
Loin d'être une bloggeuse "très" mode, je suis impatiente de découvrir prochainement les avis pétillants de Bulles et d'Isa Jones à ce sujet...En attendant, je découvre émerveillée l'univers de Madeleine Vionnet. Petit tour d'horizon.
Son nom, je l'avoue, ne me disait rien jusqu'à cet après-midi, jusqu'à la découverte de son étonnant parcours, celui d'une des plus grandes artistes de la haute-couture française, celle
qui habillera avec modernité et élégance les femmes de l'entre-deux-guerres et qui les affranchira du corset!
Je découvre une femme de caractère, une avant-gardiste éprise de liberté. Comment peut-il en être autrement?
En 1896, elle quitte mari et enfant pour se lancer dans la grande aventure londonnienne, apprendre l'anglais et rentrer dans la maison de couture de Kathy Reilly. Un choix particulièrement
audacieux à l'époque ! Puis, de retour en France, après quelques années passées à expérimenter le métier dans deux maisons prestigieuses, Callot et Jacques Doucet, elle fonde la maison
Vionnet en 1912. La grande aventure peut commencer.
Qu'est-ce qui la caractérise?
Elle puise dans les règles esthétiques de l'Antiquité, une partie de son inspiration pour harmoniser une silhouette et la féminiser à souhait...Tout est question de proportions, d'équilibre,
de mouvement...
J'apprends que c'est elle qui met en place des modèles en bois pour prendre plus de distance avec le corps, pour mieux s'en rapprocher, mais aussi mieux appréhender la coupe et la matière à part
entière.
Sous ses doigts et ses croquis, toutes les formes géométriques, sont entaillées, pliées, plissées. Elle s'amuse à tailler les robes en
biais. Elle joue avec la soie, la mousseline et voue une prédilection toute particulière au crêpe, ce tissu sec légèrement élastique et naturellement souple. Au niveau des couleurs, le noir,
l'écru, le corail, le bleu encre ou le violine sont mis en valeur....Et on se met à rêver de porter ces robes du soir qui ne feraient aucune fausse note pour une montée des marches à Cannes!
A vous de juger avec un petit aperçu de quelques photos prises sur le vif,
ou encore mieux, le diaporama sur le site du Musée des Arts Déco...!
La centaine de robes présentées par les Arts Déco semblent passer le temps sans prendre une ride. Surtout les robes présentées de 1936 à 1938 époustouflantes de féminité, de légereté et de
modernité.
Ce qu'il y a d'incroyable, c'est qu'elle a suscité l'adhésion de tous, le public et les critiques. Les journalistes voient en elle "une artiste de la mode comme Picasso l'était en peinture". Et
pourtant, elle ne s'éloigne jamais de ses "clientes" et garde une grande lucidité sur son métier : "On n'est pas couturier dans l'abstrait pour suivre son inclination et créer des oeuvres
rejetées du public". Elle a tout compris.
A la fin de sa vie, elle dira sereinement : "Je suis contente de ce que j'ai fait, je me suis complètement réalisée".
C'est certain. Et bien au delà. Toute une génération de stylistes, de créateurs et de femmes la remercient pour son magnifique héritage qui perdure encore aujourd'hui. Tous les plus grands ont
été influencés par elle comme Yohi Yamamoto ou Vivienne Westwood.
Madeleine Vionnet est plus que jamais d'actualité. En tant que femme et artiste.
L'exposition commence aujourd'hui, mercredi 24 juin au musée des Arts Décoratifs. Toutes les d'informations
par ici.
Par Bab's
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