L'Arbre d'Ebène de Fadéla Hebbadj

Publié le par Bab's


En voila encore un autre qui a fait parler de lui à la rentrée! J'aime les premiers romans, ils sont toujours encore un peu à vif, pas encore complètement polis par le temps...Parmi eux, il y a toujours des petits joyaux qui apportent un autre regard sur le monde et L'arbre d'ébène en fait parti.
Nasser, le petit narrateur de cette histoire, a 10 ans et vient du Mali. Dans un long monologue, il raconte son périple cauchemardesque avec sa mama, la traversée en pirogue terrifiante jusqu'à l'arrivée en France.  A Marseille puis à Paris,leurs survies de sans-papiers dans le froid et sans sourire sont ponctuées de  rencontres éphémères comme celle de Yvonne ou Marcio, entre cachettes, vol à l'étalage et braquage de police.
Au 5 rue de la Chaussée d'Antin, c'est la débrouille au quotidien et l'attente de mama qui rentre qu'au petit matin de plus en plus exténuée, glissant dans une douce folie...Nasser trouve alors refuge dans les livres. Un refuge qui l'aide aussi à grandir et à s'enfuir tout comme le  sommeil dans lequel il retrouve la terre sèche et aride de son pays, le sable chaud qui le recouvre lorsque les nuits sont trop glaciales.
L'arbre d'ébène résonne en nous car il assène sous son manteau de fiction,  une réalité qui nous entoure au quotidien, celle des sans-papiers souvent qualifiés de  " problème de société"; qui au mieux fait baisser les yeux de certains de nos cocitoyens; au pis, exaspère...Mais là où ses détracteurs auraient pu l'attendre sur ce sujet sensible où l'on peut vite glisser dans le pathos; Fadéla Hebbadj s'esquive. Son écriture est poignante et retranscrit avec une fraicheur déroutante le désarroi, l'intelligence et la lucidité d'un enfant de dix ans, la faim de l'Afrique qui le tiraille et sa solitude...Elle éclaire d'une note d'espoir chaude et lumineuse la fin de son récit: tout n'est pas perdu et les belles rencontres existent bel et bien.

Publié dans Livres

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Emmanuelle Caminade 13/04/2009 19:13

C'est, sans conteste, un très beau roman dénonçant, avec force et sans misérabilisme, la dure réalité des sans-papiers par la voix d'un jeune enfant malien.
Mais le sujet principal du livre, c'est l'émancipation, et Fadéla Hebbadj y développe une réflexion philosophique et métaphysique avec les mots simples, mais hautement symbolique, du jeune Nasser.
Par ailleurs, l'auteure s'appuie, plus ou moins explicitement, sur de nombreux précédents littéraires qu'elle utilise habilement pour composer une oeuvre originale en forme d'hommage.
J'ai consacré, sur mon blog, une longue analyse à ce livre dont la critique professionnelle ne semble pas avoir pleinement saisi la richesse et la profondeur

Bab's 03/05/2009 23:16


Merci pour ton commentaire emmanuelle, je vais lire attentivement ton analyse qui me donne une autre vision du livre.


A-Laure 15/11/2008 21:45

Je l'ai lu cet été. C'est un très beau premier roman, très fort. Le regard d'un petit garçon sur cette réalité des sans-papiers en quête d'une vie meilleure sous d'autres cieux était une très bonne idée. D'autant que son récit est plein de finesse et de réflexions, certes de son âge, mais profondes, épargné par un pathos dégoulinant (je suis d'accord). Il baigne également dans une poésie toute africaine. Vraiment, un bon (premier) roman.

Flavie 12/11/2008 23:45

C'est "drôle", j'ai lu dernièrement un livre également sur le Mali: l'enfant cadeau de Kabouna Keita.
Ce livre n'est pas de la grande litterature, loin de là mais il m'a permis de découvrir certaines cultures maliennes et des coutumes africaines que je pouvais également percevoir au Cap Vert. (ce livre m'ayant été prêté par une de nos hôtes française là-bas...)